Les Jeux de Pékin à Hong Kong

L’annonce a été faite le 8 juillet 2005, pendant la 117e session du CIO à Singapour : les épreuves d’équitation des Jeux de Pékin se dérouleront à Hong Kong, à presque 2000km de la capitale olympique. Pour quelles raisons les compétitions hippiques ont-elles été "décentralisées" dans l’ancienne colonie britannique ? Pourquoi si loin ? Quels sont par conséquent les réactions, les sentiments des cavaliers français couronnés à Athènes ?
Ce n’est pas le cas de figure des Jeux de Melbourne en 1956, lorsque les épreuves d’équitation eurent lieu à Stockholm, en Suède, à 15.550km de la ville olympique australienne. Mais là aussi, et partiellement pour les mêmes raisons d’ordre sanitaire toutefois bien moins contraignantes, la distance est impressionnante. C’est en effet dans la région administrative spéciale de l’ancienne colonie britannique (1842-1997) de Hong Kong, à 1980km de Pékin que les compétitions hippiques se disputeront lors des Jeux 2008.
Pourquoi Hong Kong ? Les raisons sont multiples. Et tout d’abord liées aux voyages et aux entrées des équidés dans les différents pays aux règles sanitaires plus ou moins lourdes : en Chine, les mesures de quarantaine et de protection des chevaux contre les maladies ne peuvent être aussi bien assurées à Pékin qu’à Hong Kong, dont le Jockey Club possède les meilleurs services vétérinaires d’Asie. Par ailleurs, l'un des plus importants pôles financiers du continent, sinon le premier, possède toutes les installations nécessaires pour accueillir des compétitions hippiques, fort d’une tradition remontant à plus d’un siècle.

Mais la passion des hongkongais pour les chevaux se rapporte aux courses, dans de somptueux hippodromes. Ils considèrent posséder les meilleurs chevaux de course au monde, et les ventes aux enchères qui s’y déroulent atteignent des sommes astronomiques. Les 7 millions d’habitants de la "cité de la vie" ne sont pas pour l’heure familiarisés avec les épreuves olympiques que sont le saut d’obstacles, le dressage et le concours complet.
Reste qu’en août, à l’extrême sud de la Chine, les conditions météorologiques sont sévères. Forte chaleur, taux d’humidité impressionnant, période de pluies et de typhons. D’ailleurs, aucune course hippique ne se déroule en juillet et en août à Hong Kong ! En conséquence, de gros efforts seront également faits par les services météorologiques locaux qui devront se montrer particulièrement réactifs.
Dommage pour les cavaliers…

Les compétitions olympiques se dérouleront à Sha Tin, au nord de l’agglomération hongkongaise. Au sein de son hippodrome, se trouve le plus important hôpital vétérinaire d’Asie. Le Hong Kong Jockey Club, gérant des lieux, dispose également d’un laboratoire d’analyse ultramoderne, qui se trouve être un des quatre au monde approuvés par la FEI et a notamment servi pour examiner les échantillons d’urine venus… d’Athènes lors des Jeux 2004.
Le stade pour les compétitions olympiques est construit à l'institut des sports de Hong Kong à Sha Tin, c’est un terrain de sable de 100m sur 80m, qui peut accueillir 19 000 spectateurs et où se dérouleront le dressage et le saut d’obstacles, en tant qu’épreuves, et le concours complet. Il est entouré de terrains d’entraînement dont un est couvert. La partie "cross" du concours complet se disputera au club Shuangyuhe et au club de golf de Hongkong situés à Sheung Shui, où sera créé un parcours de 5700 mètres composé d'obstacles naturels et artificiels.
Disputer les Jeux de Pékin à Hong Kong, qu’en pensent deux cavaliers français champions olympiques du concours complet aux Jeux d’Athènes ? «Cela faisait longtemps qu’on en avait entendu parler», dit Nicolas Touzaint. «Il y avait apparemment trop de risques pour les chevaux. On devra faire avec. Nous n’avons aucune influence sur ce choix, cela nous dépasse».
«Une certitude, ce sera super. Les Chinois auront à cœur de montrer ce dont ils sont capables» ajoute Arnaud Boiteau. «Les infrastructures seront grandioses, à n’en pas douter. Ils ont ces grands champs de course, la Hong Kong Cup est une des épreuves les plus prestigieuses au monde, et je sais qu’ils construisent des installations spécifiques» explique encore Nicolas Touzaint. Voilà pour le cadre.

En ce qui concerne… les Jeux eux-mêmes, l’amertume prévaut cependant. «Oui, je n’ai pas un bon sentiment. Les Jeux, c’est le top de la compétition, mais c’est aussi l’esprit des rencontres, des échanges, et là, il n’existera pas. Nous serons entre cavaliers, loin de l’évènement. Ce sera donc une épreuve de plus pour nous, mais une épreuve avec des anneaux. A Athènes, nous avions déjà l’impression d’être à l’écart alors que nous n’étions qu’à 40km du centre ville, mais pour ma part, j’avais eu la chance de participer à la cérémonie d’ouverture et ce fut pour moi un très grand moment. Nous étions allés une fois au Village, nous étions comme des gamins, il y avait là un concentré de toute l‘humanité. Nous avions mangé dans le grand réfectoire, nous levions les yeux, nous regardions tout le monde» se souvient Arnaud Boiteau, «c’est sûr que cela va nous manquer terriblement. Et nous ne pourrons pas rester après notre compétition. Nous devrons libérer les lieux».

Nicolas Touzaint partage ce sentiment : «Pas de doute, le " folklore" va nous manquer. Même si on nous donnait la possibilité d’être présents à la cérémonie, je ne vois pas comment on pourrait faire. Le "Complet", en général, arrive tôt dans le programme des Jeux. On ne peut pas laisser les chevaux à ce moment là, nous sommes deux à trois fois dessus par jour, nous nous concentrons, ce n’est pas le moment de se disperser». Pas le moment de faire un long voyage jusqu’à la capitale de l’Empire du Milieu !







