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Squaw Valley 1960

 

La fiche

Dates : 18-28 février
Nations : 30 (la Corée du Nord et l'Afrique du Sud rejoignent les Jeux, la délégation des deux Allemagnes défile sous le même drapeau frappé des anneaux olympiques)
Sports : 8 (le bobsleigh disparaît au profit du biathlon)
Sports de démonstration : néant
Epreuves : 27
Autres villes candidates : Innsbruck (Aut), Garmisch-Partenkirchen (RFA), Saint-Moritz (Sui)
Participants : 665 (522 hommes, 143 femmes)
Participants français : 26 (18 hommes - 8 femmes)
Médailles distribuées : 81 (dont 2 d'or au 1500 m messieurs de patinage de vitesse)
Palmarès français : 3 médailles (1 or pour Jean Vuarnet en ski alpin et 2 bronze)
Ouverture des Jeux : Proclamée par Richard Nixon, gouverneur de la Californie et vice-président des Etats-Unis
Serment Olympique : Prêté par la patineuse artistique Carol Heiss
Flamme Olympique : Allumée par le patineur de vitesse Ken Henry
Président du CIO : Avery Brundage (USA)
Droits TV : 0,25 million de francs (pour les USA - CBS -)

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Les repères

Nouveauté
Le biathlon fait son apparition. Le premier champion olympique est le Suédois Klas Lestander, vainqueur du 20 km.

Bis
Quatre ans après avoir partagé la médaille d'or du 1500 m avec son compatriote Youri Mikhaïlov, le Soviétique Evgueni Grichine récidive, ex aequo cette fois avec le Norvégien Roald Aas.

Carton plein
L'Amérique du Nord réalise pour la première fois un sans-faute en patinage artistique avec les Américains David Jenkins et Carol Heiss et le couple canadien Barbara Wagner - Robert Paul.

Historique
Les Américains remportent devant leur public leur première médaille d'or dans le tournoi olympique de hockey sur glace.

Innovations
Outre les skis métalliques, une autre nouveauté technique a marqué les Jeux de Squaw Valley : l'apparition des tableaux électroniques.

Ouverture
Les Jeux sont ouverts par le futur président des Etats-Unis Richard Nixon, alors gouverneur de Californie.

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Le résumé

Au milieu de nulle part l'ouverture à la Walt Disney
Quand la cérémonie d'ouverture des 8es Jeux d'hiver débute, le 18 février 1960, Alexander Cushing est un homme comblé. Il peut savourer pleinement le spectacle, organisé par Walt Disney en personne, car il a réussi son invraisemblable pari en faisant venir les Jeux à Squaw Valley, un lieu désert quelques années plus tôt.

"In the middle of nowhere" (au milieu de nulle part). L'expression anglaise décrit parfaitement le site de Squaw Valley tel qu'il se présente en 1955. Pourtant, cet Américain aussi riche qu'opiniâtre va mener une campagne acharnée pour que les Jeux d'hiver de 1960 y fassent étape.

Ces champs de neige vierges des Rocheuses proches du lac Tahoe, entre Californie et Nevada, Cushing entend en faire une station de sports d'hiver de premier plan. Pour la lancer, cet avocat devenu promoteur veut les Jeux. Rien moins.

Mettant toutes les chances de son côté, il s'offre un consultant de premier ordre sur le plan technique en la personne du Français Emile Allais, le médaillé de bronze du combiné alpin des Jeux de 1936.

La fausse note du bob
Cushing convaincra d'abord le Comité Olympique américain, puis les membres du CIO, qui préfèreront finalement Squaw Valley à deux places fortes du ski alpin, Innsbruck et Garmisch-Partenkirchen. En "finale", l'ancienne réserve indienne devance la station autrichienne de 2 voix, 32 à 30.

Aussitôt, Cushing se met au travail. En effet, il n'existe alors à Squaw Valley qu'une auberge, propriété du "père" de ces JO. En cinq ans, la superbe maquette qui a si fort impressionné les membres du CIO devient réalité et c'est une station moderne qui accueille les Jeux.

Sportivement aussi, les Jeux sont un succès. En ski alpin, le Français Jean Vuarnet, inventeur de la position de "l'oeuf", gagne la descente.


Jean Vuarnet


Carol Heiss

En patinage artistique, l'Américaine Carol Heiss (photo 2) s'impose, comme son futur beau-frère, David Jenkins, le frère du champion sortant. En patinage de vitesse, la Soviétique Lidia Skoblikova remporte les deux premières de ses six médailles d'or. Enfin, le biathlon fait son apparition.

Seule fausse note, le bobsleigh, sport olympique depuis les premiers JO d'hiver en 1924, a été supprimé : la construction d'une piste pour un faible nombre de concurrents a été jugée non rentable par les organisateurs américains. Business is business.

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Le fait

Le bob hors Jeux
Le bobsleigh a été présent à tous les jeux Olympiques d'hiver depuis leur création en 1924. A une exception près: les Jeux de Squaw Valley en 1960.

Quand les Jeux sont attribués à la station californienne en juin 1955, Squaw Valley ne possède aucune installation sportive. Le promoteur de la candidature, Alexander Cushing, a moins de cinq ans pour tout construire.

En février 1956, les délégués du congrès de la Fédération Internationale de Bobsleigh et de Tobogganing reçoivent des organisateurs américains l'assurance qu'une piste de bobsleigh sera édifiée pour les Jeux, à 1800 m d'altitude. Tout va bien.

Toutefois, quand le président de la FIBT, le comte Renaud de la Frégeolière, se rend à Squaw Valley quelques mois plus tard, rien n'a été fait, bien que le comité d'organisation ait visiblement résolu ses difficultés financières initiales.

En septembre 1957, coup de tonnerre dans le petit monde du bobsleigh : un rapport du comité d'organisation annonce qu'il n'est plus question de construire une piste de bob.

Mémoire courte
En effet, selon ce rapport, la présence de 12 pays est nécessaire pour justifier la construction d'une piste dont le coût est estimé à 750.000 dollars, et seuls les Etats-Unis et la Roumanie entendent prendre part aux épreuves olympiques. Les organisateurs californiens ont placé la barre très haut puisqu'en 1948 et 1952, 9 pays seulement avaient participé aux compétitions de bob.

Devant ce recul, Garmisch et Lake Placid se proposent pour accueillir les bobbeurs. En vain. Le CIO affirme qu'il n'est pas envisageable de scinder les épreuves olympiques, oubliant un peu vite que les compétitions d'équitation des JO de Melbourne en 1956 avaient eu lieu à Stockholm.

Le président de la FIBT a beau revenir à la charge avec une liste de douze pays désireux d'engager des bobs à Squaw Valley, rien n'y fait. La session du CIO tenue en mai 1958 à Tokyo rejette une ultime protestation de la FIBT. Les Américains ont gagné. Le bobsleigh est hors Jeux.

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L'exploit

L'oeuf de Jean Vuarnet
Quand Jean Vuarnet prend le départ de la descente olympique de Squaw Valley (photo), ce 22 février 1960, il porte sur ses épaules, avec Adrien Duvillard, tous les espoirs d'une équipe de France de ski alpin rentrée bredouille des JO de 1952 et 1956.

Troisième de la descente des Championnats du monde de Badgastein deux ans plus tôt, ce Savoyard né à Tunis y croit dur comme fer. Il dispose en effet de trois atouts qui, il en est convaincu, peuvent lui permettre de faire la différence.


Vuarnet

Tout d'abord, il a reconnu la piste comme personne avant lui, mètre par mètre, ce qui lui permettra par la suite de commenter sa course avec un luxe de détails exceptionnel.

Ensuite, il bénéficie d'une innovation technique : les skis métalliques, mis au point par un fabricant français, auxquels il a su parfaitement adapter son ski.

Passionné d'aérodynamique
Enfin et surtout, cet universitaire passionné d'aérodynamique a mis au point avec Georges Joubert, son entraîneur au Grenoble Université Club, la technique dite "de l'oeuf", qui lui assure une meilleure pénétration dans l'air. Révolutionnaire pour l'époque, celle-ci va contre l'enseignement traditionnel du ski et lui vaut de nombreuses critiques.


Vuarnet

Contre vents et marées, Jean Vuarnet persiste et signe... une victoire dans cette descente olympique qu'il a si bien préparée. L'Allemand Hans-Peter Lanig est deuxième à une demi-seconde, l'autre Français Guy Périllat (autre adepte des skis métalliques) à 9 dixièmes de seconde.

C'est une double consécration pour Jean Vuarnet (photo): il inscrit son nom au palmarès de la descente olympique douze ans après Henri Oreiller et il vient de marquer l'histoire du ski alpin en imposant une technique nouvelle.

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Anecdotes

Météo
A quelques jours de l'ouverture des Jeux, il pleut sur Squaw Valley. Un coup de froid bienvenu et voici la neige, juste à temps. S'il faudra reporter la descente masculine, le reste des épreuves se déroulera sans anicroche.

Ramassés
Partant de rien, les organisateurs décidèrent de regrouper tous les sites de compétition dans un espace réduit, ce qui permettait aux spectateurs de se rendre à pied d'une épreuve à l'autre. Seul le ski de fond se déroula à une trentaine de kilomètres de Squaw Valley.

Baisse
De 820 à Cortina, quatre ans plus tôt, le nombre des athlètes est descendu à 665; les pays européens, quelque peu rebutés par la distance, ayant engagé moins de représentants que d'habitude.

Ephémère
L'Afrique du Sud fait ses grands débuts aux JO d'hiver. Une présence bien éphémère puisqu'elle sera bientôt exclue du Mouvement Olympique en raison de sa politique d'apartheid. Elle ne retrouvera les Jeux d'hiver qu'en 1994 à Lillehammer.

Famille
La famille Jenkins conserve le titre en patinage artistique, David succédant au palmarès à son frère Hayes Alan, le futur époux de Carol Heiss, sacrée championne olympique chez les dames à Squaw Valley.

Féminisation
Les Jeux d'hiver se féminisent avec l'inscription au programme de quatre épreuves réservées aux femmes en patinage de vitesse. La Soviétique Lydia Skoblikova gagne deux médailles d'or.

Critiques
Quand les Jeux furent attribués à Squaw Valley, les Européens critiquèrent vivement ce choix, affirmant que les pistes de ski alpin ne répondaient pas aux normes de la fédération internationale et que l'altitude (1900 m) était trop élevée pour le ski nordique.

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Les français aux jeux

Quand l'équipe de France de ski alpin débarque à Squaw Valley, aux confins des Etats de Californie et du Nevada, elle est dirigée depuis un an par Honoré Bonnet. "Monsieur Bonnet", comme l'appeIlent respectueusement ses coureurs, va tirer les premiers dividendes de l'entraînement rigoureux et rationnel qu'il a imposé.

C'est dans cette station proche de Reno, construite en un an par la seule volonté d'Alex Cushing, le propriétaire des lieux, que le ski français amorce son redressement et écrit la première page du chapitre le plus glorieux de son histoire. Un chapitre qui se terminera douze ans plus tard, à Sapporo...


La position de l'oeuf

A la veille de la descente, Adrien Duvillard - le père d'Adrien junior - a les faveurs des pronostics. Au cours de l'hiver, il a notamment remporté la prestigieuse classique du Hahnenkamm, à Kitzbuehel, sur la terrifiante piste de la Streif.
Le jour de l'épreuve, le 22 février, l'ancien champion Emile Allais se place en bordure du tracé pour renseigner les Français selon le code suivant: accroupi, ils seront en retard ; debout, ils seront en avance.
Jean Vuarnet (dossart 10) est très déterminé mais nullement nerveux à l'instant du départ donné sur les hauteurs de Squaw Peak d'où la vue plonge sur le lac Tahoë. Las, Vuarnet dérape et négocie mal la première courbe. Quand il aperçoit le chandail rouge d'Allais, en position basse, il est sûr d'être en retard. Alors, il s'efforce d'accélérer, les skis bien à plat, recherchant sur les faux plats la meilleure pénétration dans l'air possible en adoptant la position dite de I"'oeuf" qu'il a longuement mise au point avec son entraîneur au Grenoble Université Club, Georges Joubert.
Le suivant à s'élancer est Adrien Duvillard. II va très, très vite. Son avance est telle qu'Allais, occupé à consulter son chronomètre, est surpris lorsque surgit son compatriote. II se relève tardivement en criant de joie. Le Mégevan a vu son aîné "assis" et il s'interroge car il est persuadé d'accomplir une trajectoire parfaite. Déconcentré, il manque le franchissement de la Bosse du Dromadaire, perd l'équilibre et capote. II rejoint l'arrivée en pleurs.
Grâce au succès de Vuarnet, la technique dite de "l'oeuf" va devenir célèbre. Elle s'accompagne d'une innovation technologique également française : Vuarnet chausse des skis métalliques de la firme Rossignol. C'est la première fois qu'il a été fait appel à un autre matériau que le bois pour fabriquer des skis de course.

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Les médailles françaises

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